« Ce matin, je me suis prise en photo nue devant la glace de la salle de bain. J’ai posé l’appareil sur le meuble et me suis regardée. Comme une ado qui se découvre pour la première fois. Comme une femme qui ne se regarde plus depuis longtemps…
Ce matin, mon corps a changé. Il n’a plus les traits lissés et fins de ma jeunesse. Les petits seins en forme de poire de mon adolescence. L’envie qu’il se développe vite, vite, vite, n’habite plus mon esprit. Pire, je refuse de décider de l’empêcher de se modifier !
Ce matin, devant la glace, je me suis aperçue que le temps m’avait fait un immense cadeau. À l’instar de mes homologues féminins, je ne désespère pas devant mon reflet. Je ne me martyrise pas devant une sucrerie. Je ne me morfond pas devant mes rondeurs. Non, je sourie.
Car ce matin,
mes pieds me rappellent combien je marche et j’apprécie la nature. Le chant des oiseaux. Le bruit de l’eau. La caresse du soleil et l’empreinte du passé.
Mes jambes supportent ma conscience et la promène pour ne jamais s’arrêter. Jamais l’empêcher de s’épanouir.
Mon ventre me raconte son histoire. Oubliant les déboires. La tristesse de la perte et m’obligeant à écouter. La respiration de ma descendance. Leurs cris de joie. Leurs sourires. Leurs essences qui ne font que me remplir de bonheurs et dont je souhaite jouir de les savoir bien jusqu’à la fin de mes jours.
Mes seins me rappellent l’allaitement et la longueur des années. Mais ce n’est rien.
Ma tache de naissance me sourie. Cligne de l’œil pour se faire entendre. Me rappeler au combien petite fille, elle m’a suivi. Dans la bouche de mes enfants mais aussi d’un homme. Amoureux et tendre, avant de devenir vorace et virile quand le déchainement de la passion l’emporte sous ma poitrine plus toute jeune…
Mon visage accuse des rides de bonheur. Messagers de ma joie de vivre quotidienne. Vecteurs de mon plaisir à communiquer, à échanger, à se satisfaire du peu… et inlassablement ne pas regretter.
Ce matin, j’ai sourie à mon miroir. Comme je sourie à la bêtise en l’affrontant sans cesse.
J’ai sourie au matraquage cosmétique.
J’ai sourie à la folie rachitique.
J’ai sourie à la démesure utopique du squelette vivant aux gros seins et aux lèvres démesurées que l’on cherche à nous faire devenir.
Puis, j’ai pleuré…
Ce matin, une larme s’est échappé de mes yeux. À force de voir. À force de contempler. La misère. La cruauté et la bêtise qui fait oublier aux hommes se qu’ils sont…
Des êtres de chair fragiles et constant. Des petites filles qui devraient le rester au lieu d’évoluer en lolitas violées et tuées. Des femmes au devenir apaisant qui ne devraient pas se stresser ni se martyriser sans cesse pour paraitre une égérie de la femme parfaite. Des mamies, au regard fatigué de la perte des valeurs si simples qu’elles en ont le cœur brisé.
Respect. Dignité. Amour. Partage.
Ce matin, j’ai serré fort dans mes bras l’homme que j’aime. Et, en moi, j’ai serré fort mon « moi » et l’ai rassuré. Douce âme, dont j’ai eu le privilège de recevoir, ne t’inquiète pas, jamais je ne changerais. Je vais continuer à nous préserver car nous sommes comme nous sommes ; et tant que la vie sera en nous, je resterais moi sans artifice ni domination !
Moche, grosse, stupide aux yeux des autres. Mais si belle à l’intérieur… »élia.
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